TAXI: Europa

Près de 30 ans après la constitution du premier parti transnational européen en 1989, le Parlement Européen étudiera le 1er Septembre une Résolution proposant que lors des élections européennes de 2024, tous les électeurs puissent voter, en plus de leur représentant pour leur collège national, pour un deuxième représentant, élu par un Collège Européen Unique. Souvent proposée dans le passé, et reprise en 2017 par la campagne des Fédéralistes Européens #1Head2Votes, leur élection par un collège unique faciliterait l’émergence de vrais députés ‘Européens’. Un premier député a été élu en 2019 grâce à Volt, un parti crée au niveau européen, mais enregistré dans chacun des 28 pays UE dès le départ. Le 1er Septembre, Damian Boeselager contribuera au lancement d’une initiative citoyenne européenne pour le vote transnational. Cette initiative ne peut être accompagnée que par Alain Souchon. Lancez et lisez.

 

  1. Le Défi Démocratique Européen

L’UE est perçue comme responsable d’avoir poussé au changement technologique et à la mondialisation, canalisant ainsi l’opposition aux traités multilatéraux (CETA, TTIP, Mercosur) et à l’immigration sans limites. De nombreux partis nationalistes se sont inspirés des succès de Trump et du Brexit, et disent souhaiter rendre aux “pays” leur grandeur d’origine – comme s’il était possible d’exclure un à deux milliard de travailleurs, dont 500 millions de Chinois qui produisent et consomment actuellement des produits et services mondiaux.

Ces partis ont obtenu des succès électoraux et gouverné en Autriche, Danemark et Italie, où ils gèrent aussi villes et régions. Ils canalisent sur l’Europe les mécontentements multiples. Pourtant, une majorité d’Européens voient dans le niveau européen plus une solution qu’un problème. Le fait est que les opposants sont plus en colère/actifs/vocaux. Ils se disputent sur tout, sauf leur haine de l’Union. Preuve en sont les luttes intestines, ou leur absence, au Parlement Européen. Les fédéralistes européens devraient se battre pour définir des idées communes qui pourraient mobiliser les citoyens européens, y compris les laissés-pour-compte de la mondialisation et les moins qualifiés – qui ne peuvent en bénéficier.

En 2019, les élections européennes ont vu les pro-européens se mobiliser. Aussi, les exemples US et UK ont montré leurs limites. Des campagnes nationales plus européennes, notamment dans les grands pays comme l’Allemagne, la France ou l’Italie. Des débats entres les Spitzenkandidaten à la présidence de la Commission Européenne. Des campagnes des Fédéralistes Européens et d’autres mouvements comme Pulse of Europe et The Good Lobby, fédérés en Alliance4Europe, ont contribué à mobiliser des millions de citoyens qui n’auraient pas été voter, surtout dans les États Membres plus récents du Centre et l’Est de l’Europe. Et, pour la première fois, un candidat d’un vrai parti européen, transnational, présentant le même programme au niveau régional, national (en Belgique) a été élu. Damian Boeselager, un des trois fondateurs de Volt Europe a été élu en Allemagne, là où une gauche dissidente (Le printemps de l’Europe) présentait – sans succès – le bien plus connu ex-ministre grec Varoufakis.

Jeune fédéraliste européen, italien formé en Belgique et étudiant en France je suis tombé dans la potion Européenne étant petit. Tout naturellement, j’ai été candidat à l’élection européenne dans le Sud de la France lors des deuxièmes élections européennes en 1989. Le parti fondé per Franck Biancheri (déjà fondateur d’AEGEE Europe au niveau étudiant) s’appelait IDE pour Initiative pour une Démocratie Européenne et Initiative for a Democratic Europe en UK. Peu connus mais jeunes t nouveaux, nous avons fait un petit demi-million de voix. Zéro élus.

Vingt ans plus tard, fort du Web, Franck a relancé Newropeans. Nous avons fait campagne dans les nouveaux États Membres, où l’Europe était méconnue. Mais le mouvement a été boycotté et même harcelé physiquement en Roumanie et Hongrie, bureaucratiquement en Italie et Allemagne. ll n’a pu se présenter que dans 3 pays. Et ne faire que quelque centaines de milliers de voix et zéro élus.

  1. Une proposition de collège électoral au niveau de l’UE pour les élections européennes de 2019

À ce jour, dans tous les pays, les candidats au Parlement européen (PE) ont participé à des concours dans des collèges électoraux nationaux ou régionaux. Ils se basaient sur des listes locales et faisaient campagne sur des questions nationales d’actualité. L’Europe et les questions européennes sont rarement mentionnées, ce qui frustre les fédéralistes européens comme nous qui voudraient voter pour leur meilleur candidat européen. Celui-ci devrait, comme dans les élections nationales, être élu sur des questions concernant toute l’Europe comme le changement climatique, le commerce ou l’immigration.

Paradoxalement le Brexit nous a donné une opportunité. La proposition “1Head2Votes” d’un collège électoral au niveau de l’UE pour les élections européennes avait déjà été proposée à plusieurs reprises. Elle permettrait à chaque électeur européen de voter ÉGALEMENT pour un véritable candidat européen, et pas seulement pour ceux proposés par ses partis nationaux. Cela permettrait de mener des campagnes dans plus d’un pays et éventuellement de transformer les associations actuelles de partis nationaux en partis de niveau plus européen.

Le Brexit exige que les 73 députés européens britanniques (prévus dans le traité de Lisbonne) soient répartis entre les autres collèges électoraux. Nous avons demandé (l’idée est de notre président actuel le député, Italien élu en France pour, Sandro Gozi) dès 2016 que ces sièges soient dévolus aux vainqueurs d’une élection transnationale, dans un collège pan-européen. La création d’un collège électoral de l’UE remplacerait cette querelle par une nouvelle élection paneuropéenne donnant plus de légitimité européenne au Parlement européen.

Cette proposition a, pour la première fois, été adoptée en Commission Parlementaire AFCO (Affaires Constitutionnelles), après un vote serré où le Groupe Spinelli des parlementaires euro-fédéralistes a joué un rôle important. Elle est tombée en 2019 lors du vote en plénière, le groupe PPE (Parti Populaire Européen, LR en France) se mobilisant avec les Eurosceptiques en arguant du risque d’une possible victoire d’une coalition eurosceptique. En réalité, les Chrétiens-Démocrates allemands de la CDU avaient peur de ne pas avoir d’élus au collège européens car ils auraient dû figurer sur la même liste que les candidats des partis d’Orban ou Berlusconi. Les socialistes, plus homogènes, auraient eu beau jeu de faire campagne sur « Voter Merkel, ou CDU, c’est voter Orban et Berlusconi ». Voilà un exemple de pourquoi il ne faut pas voter les lois électorales si près des élections. Et malgré tout Volt a eu un élu et près de 200 candidats ont signé le manifeste fédéraliste.

  1. Les élections européennes de 2024

La Commission AFCO vient d’annoncer qu’elle discutera d’une résolution sur les élections de 2024 ce Mardi 1er Septembre. Ecrite par Pascal Durand, du groupe Renew (LREM en France), elle met sur la table les rêves de 30 ans de fédéralisme électoral – dont beaucoup des miens :

  • #1Head2Votes : tous les Européens votent deux fois, d’abord pour un candidat national, puis pour un candidat européen;
  • Les candidats européens sont élus au sein d’un collège électoral paneuropéen unique. Celui-ci n’élira que quelques députés européens, parmi lesquels le #Spitzenkandidat à la présidence de la Commission européenne;
  • #ListesTransnationales: tous les vrais partis et groupes européens devront, pour le collège électoral européen, déposer une liste paneuropéenne, formant ainsi des programmes et des plateformes électorales paneuropéennes;
  • Oui, vous avez bien lu, cette fois, contrairement à toutes les précédentes, de véritables partis européens à part entière comme Volt sont sur la table, plus des associations forcées !!

Le dépôt de cette résolution a pris les fédéralistes européens de cours. Nous n’avons pas eu le temps de nous concerter pour une position commune outre à celles déjà prises dans notre Résolution de 2019.

Les amendements déposés par le PPE rejettent toute référence aux listes transnationales, sauf à s’en remettre à la #CoFoE, la Conférence sur le Futur de l’Europe, qui devrait être lancée incessamment sous peu. On a écrit dans la Résolution UEF de 2019 et dans un article de janvier 2020 que c’est au Parlement de s’en occuper dès maintenant, sans attendre une conférence qui ne donnera des conclusions que dans 2 ans au moins. Certains amendements, notamment émanant de la gauche (Gauche Européenne Unie, LFI pour la France) et de l’élu de Volt, refusent de lier celles-ci aux seuls partis européens.

Pour demain aussi, Volt annonce une conférence de presse et un événement physique et en ligne pour le lancement d’une initiative citoyenne permettant de « voter sans frontières ». Nous y serons et attendons de voir avec impatience le rapport final qui sortira de la Commission AFCO.

L’Europe électorale commence demain – nous sommes plus que prêts à nous y engager.

 

Merci a Pierre Jouvenat de UEF France pour sa collaboration dans le suivi des travaux AFCO.

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