TAXI: Europa

Il y a 3 ans la Suisse surprenait l’Europe par sa votation fermant le pays à l’Immigration de masse. Ce mois-ci, le gouvernement Suisse a tranché. Au nom du libre accès des Suisses à l’Europe de la Connaissance il a confronté les populistes et les xénophobes en acceptant de laisser entrer les travailleurs Croates – et des 27 autres pays de l’UE. L’UE a aussi surpris la Suisse en l’excluant le mois suivant la votation des programmes d’Education (Erasmus) et de Recherche (Horizon 2020). Peut-être que c’est par la Connaissance qu’il faut prendre les Britanniques?

J’ai eu la chance de vivre cette négociation de très près. Pour analyser ensemble comment l’Europe Unie à fait levier sur la Recherche et la Connaissance, les charbon et acier du XXIee siècle, pour faire reculer la xénophobie helvète, je suggère un classique Bernois sur comment affronter ses inhibitions. Chanté en Bernois par un mi Yéniche, mi Alsacien: Stephan Eicher, Hemmige, Album Engelberg (1991, 3’ 25”).

 

Une votation indigne, mais compréhensible.

En février 2014 l’Europe et le monde se sont indignés et étonnés du résultat de la votation (référendum) Suisse, fermant le pays à “L’immigration de masse“. Visant principalement les pays de l’UE. Par conséquent le gouvernement fédéral n’a pas transposé en droit Suisse, comme prévu dans les accords d’association avec l’UE, les conséquences de l’accès de la Croatie à l’UE en 2013.

Douane Suisse
« Wir schaffen das nicht » – C’est d’Allemagne que viennent la plupart des immigré Suisses.

Il est vrai que, selon l’OCDE, la Suisse avait été en 2012 le pays accueillant la plus haute proportion de migrants: 125.000 personnes (1.6%) contre 1.2% et 1.1% pour la Norvège et l’Australie – quatre fois plus en proportion que l’Italie et la France. Et cela a encore augmenté en 2013, avec une véritable “invasion” selon le leader populiste Christophe Blocher de 136.000 migrants. Certes les pays de provenance principaux étaient l’Allemagne et la France, mais “Trop c’est trop.

 

Profitant de cette tendance et du dépassement du seuil historique de 8 Millions de résidants Suisses, l’UDC de Blocher (Union Démocratique du Centre) lança une campagne parlant de saturation des réseaux de transport, de manque de place dans les hôpitaux et de manque d’argent pour l’éducation de tous ces étrangers.

 

Anti-Einwanderungsinitiative_2014
La votation de février 2014 a accepté à 50.3% l’introduction de quotas pour les immigrés, en partageant la Suisse en deux, les Villes votant Non et les Montagnes ‘Oui aux quotas’

La Confédération attendait 8 à 10.000 migrants (Européens) par an et il en venait dix fois plus. La votation proposa donc de fixer des quotas aux migrants et aux réfugiés car “Cette immigration incontrôlée […] menace notre liberté, notre sécurité, le plein-emploi, la beauté de nos paysages et en fin de compte notre prospérité”.Malgré la recommandation de rejet de tous les partis autres que l’UDC, du Conseil Fédéral et du Parlement Suisse, le 10 février 2014 les Suisses se réveillèrent au son des radios rapportant les réactions outrées des journaux étrangers et la coupure de la Suisse en deux : les ‘montagnards’ avaient rejeté les étrangers. Les villes ayant voté pour le rejet.

 

L’Union fait la forte

Dix jours après la votation, les Suisses, mais aussi certains européens, ont été surpris par la réaction ferme de l’UE, leur interdisant, en conséquence l’accès aux programmes d’Education (Erasmus) et de Recherche (Horizon 2020) Européens. Il s’agissait en fait d’une réaction très modérée, car les accords d’association Euro-Suisses prévoient l’interruption de tous les accords, y compris la libre circulation des marchandises. Mais l’Union a choisi de cibler ces deux programmes car – en cours de négociation – ils offraient plus de flexibilité et touchaient la Suisse au cœur de sa stratégie d’importation de cerveaux de qualité.

Offrant des salaires aux chercheurs et professeurs doubles, en moyenne, que dans les pays voisins la Suisse leur offre en outre des universités et centres de recherche performants. De plus, l’Industrie y investit aussi le double en Recherche et Innovation (en pourcentage du PIB) que dans le reste de l’UE et presque le triple pour l’innovation organisationnelle et immatérielle, très prisées aujourd’hui.

La petite Suisse de 8 millions d’habitants attire plus de chercheurs que l’Italie et l’Espagne, pays de, respectivement, 61 et 46 millions d’habitants.
La petite Suisse de 8 millions d’habitants attire plus de chercheurs que l’Italie et l’Espagne, pays de, respectivement, 61 et 46 millions d’habitants

Il n’est pas étonnant, vues ces conditions, que la petite Suisse soit très compétitive pour attirer les précieux chercheurs bénéficiant des bourses de l’ERC (Conseil de la Recherche Européenne), faisant mieux que son concurrent aussi petit et attirant : Israël.

La perte des bourses ERC et la sortie de Horizon 2020 et Erasmus ont affolé les communautés de chercheurs et les politiciens Suisses. Dès le mois de mars le Secrétariat à l’Education, la Recherche et l’Innovation Suisse (le SERI) déclare que tout chercheur participant ou désirant participer à un programme européen sera financé par la Suisse. Un programme alternatif et similaire à Erasmus, le Swiss European Mobility Programme est lancé.

Réconcilation

La petite Suisse de 8 millions d’habitants attire plus de chercheurs que l’Italie et l’Espagne, pays de, respectivement, 61 et 46 millions d’habitants.
Les Suisses peuvent participer aux Bourses pour le Conseil Européen de la Recherche, mais sont exclus des programmes de recherche en collaboration

En parallèle les négociateurs Suisses promettent aux Européens qu’ils fixeront des quotas ‘réalistes’ ou même pas du tout, ce qui fait enrager l’UDC qui exige “une application stricte de la votation”.
L’Union, magnanime, ouvre les programmes qui plus intéressent l’Europe (Erasmus, où plus d’Européens ‘profitent’ des universités Suisses) et la Suisse (l’ERC). La Suisse obtient une ‘Association partielle’ à Horizon 2020 – réduisant ses acteurs de la recherche au statut de pays ‘tiers’ – payant son propre ‘ticket’ pour participer à tous les programmes en partenariat. Une estimation chiffe à plus d’un milliard la perte Suisse sur les 2 premières années de Horizon 2020 avec, surtout, le nombre de projet coordonnés par la Suisse de 4% à… rien (0.3%).

 

Un long article du Guardian résume bien les conséquences d’être devenu un ‘pays tiers’, comme les USA et le Japon. Perte d’influence, d’argent, de compétences et, surtout, le risque de devenir exportateur net de cerveaux, attirés par la grande mobilité permise par l’UE. J’en sais quelque chose, moi qui ai profité d’une bourse européenne de doctorat censée se dérouler à Montpellier et Tübingen, pour ajouter Toulouse, Bruxelles et Leiden au programme.

En 2016 les négociations s’intensifient, les dommages pour la Suisse devenant criants et les résultats du référendum devant être appliqués, selon la loi Suisse, dans les 3 ans. L’UE tient dur et ce sera soit accord ou lock-out des Suisses.

 

Le Happy end

Alors que les dernières rumeurs faisaient part d’une solution assez hypocrite, fixant des quotas, mais à un niveau supérieurs aux pics de 2012 et 2013, le parlement Suisse m’a surpris juste avant les vacances en annonçant qu’il renonçait à fixer des quotas, en se limitant à fixer une ‘préférence nationale’[1]. L’UCD, qui est quand-même le principal parti du pays, enrage et accuse le Conseil de « ne pas respecter la volonté du peuple ».
Alors que le débat sur le Brexit fait rage, je m’étonne que peu de journaux reprennent la nouvelle. Seul Le Monde reprend la nouvelle et souligne son importance, mais le jour suivant avait lieu l’attentat de Berlin et l’on n’y déjà faisait plus attention.

A mon retour de congés l’Union annonce, dès la signature de la Loi Suisse, l’ouverture au 1er Janvier d’Horizon 2020 aux Suisses ‘comme avant’ . Tout est pardonné au gouvernement Suisse qui a osé confronter ses démons au nom de ses jeunes cerveaux.

Avec ma collègue Maryline, Conseillère pour les Sciences à la Mission Suisse on a été prendre un petit déjeuner ensemble Place Lux, à Bruxelles, comme on faisait avec sa prédecesseuse avant le SwExit. Ce matin-là je lui ai promis d’écrire cette jolie histoire qui se termine bien. Voilà, c’est fait.

Demain j’invite sa collègue britannique Place Lux…

 

NoA- Ce post est public et fait pour le compte de l’ l’Union des Fédéralistes Européens. Il ne représente pas les vues de la Commission Européenne (pour qui je travaille) ou du Parti Fédéraliste Européen (dont je suis membre). La republication est possible, sous le principe du Copyleft. Dans ce cas, j’aimerai être informé et l’UEF citée.

 

 

[1] Les entreprises suisses devront communiquer leurs offres de postes au service public de l’emploi avant de recruter un étranger « lorsque certains groupes de profession, domaines d’activités ou régions économiques enregistrent un taux de chômage supérieur à la moyenne ». Après examen des candidatures proposées par ce service, les entreprises resteront libres de recruter le candidat de leur choix et n’auront pas à justifier leur décision.

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